// Comment (re)vit-on 2 jours après le 13/11/2015

Je n’ai pas su trouver la force de dessiner l’horreur mais comme beaucoup j’ai besoin de m’exprimer.  Alors j’ai choisi les mots ce soir. Des mots bien insignifiants au regard des événements mais des mots qui me libéreront un peu de la pression qui m’étouffe depuis vendredi.

Je n’ai pas perdu de proches, je n’étais pas non plus sur les lieux, je n’ai pas vécu l’horreur de près mais seulement derrière un petit écran. Et pourtant j’ai pleuré. Longtemps. Et je pleure encore.

Ces rues que j’emprunte chaque semaine sont maintenant teintées de rouge. Des visages que je ne connaissais pas sont maintenant gravés dans ma mémoire et resteront à jamais figé dans une immobilité morbide. Ces sourires ne sont plus et qui ne seront plus jamais hantent mes journées. Il étaient jeunes ou un peu moins, ils s’appelaient Patricia, Fabrice , Mathieu, hommes, femmes, chrétiens, musulmans, bouddhistes… Ils avaient des enfants à qui ils ne lieront plus de contes de fée et qui demanderont surement où se trouvent leur papa ou leur maman. Ils avaient des femmes ou des maris qu’ils n’embrasseront plus le matin avant d’aller au boulot, des amis avec qui ils ne rigoleront plus un verre à la main, des familles qui sont maintenant à jamais détruites… Détruites par des connards qui se croient au dessus de tout au point de se permettre de briser des vies de façon abjecte. Des lâches qui exécutent des êtres humains pour un  Dieu auquel ils n’ont rien compris. Des gens qui nous ressemblent en apparence mais qui sont tellement différents.

Demain on sera lundi.  Il faudra reprendre ses activités. Monter dans un rer bondé, courir pour ne pas être en retard, discuter avec ses collègues comme si de rien était… Mais tout sera différent. Peur, angoisse, tristesse, … « Il ne faut pas tomber dans la psychose » Mais comment ne pas suspecter son voisin de Rer lorsque l’on a plus confiance en l’être humain, comment ne pas sursauter au moindre bruit,  comment sourire quand on ne croit plus en rien comment ne pas être sous pression à la moindre alarme de police ? Comment être heureux maintenant que l’on sait de quoi l’être humain est capable?

J’ai peur pour monsieur chéri qui travaille tout près de République. Je refuse de perdre celui qui m’aide à tenir debout depuis 2 ans.

J’ai peur pour mon petit frère qui va grandir dans cette violence. Je redoute ce moment où il va perdre son innocence et  ne plus croire en l’avenir.

J’ai peur pour mes amis qui sortent le soir. Je veux voir encore et toujours leurs sourires qui me rendent si forte.

Égoïstement, j’ai aussi peur pour moi. Je ne veux pas mourir sans avoir vécu les plus belles années de ma vie, sans avoir voyager, donner naissance, partager des moments de bonheur avec monsieur chéri.

Aujourd’hui j’ai 25 ans et je ne crois plus en l’avenir.

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